J’ai fait un rêve que j’éprouve le besoin de publier ici pour une raison qui m’est encore inconnue au moment d’en coucher les premiers mots sur cette page blanche de l’éditeur de blog que j’utilise. Hormis qu’il me semble qu’il se déroule à l’IFSI ou dans un lieu dont l’objet même d’exister est la parole et l’échange de connaissances, je ne vois pas encore clairement ce qui m’incite à publier, sans que le doute me soit permis, un instant qui relève de l’intimité pure, dans un espace virtuel offert aux usagers de l’IFSI, qu’ils soient étudiants ou formateurs. il s’agit d’un lieu dans lequel il y a des salle de cours, des hémicycles et sans doute aussi des cycles où la parole est pour ainsi dire première.
Je m’apprête à un exercice non coutumier. Un exercice qui justement prend le contre pied de ce qui généralement se pratique dans un IFSI. J’en suis tout fébrile. Je ne vais pas vraiment donner un cours ni même assurer l’animation d’un TD en présence d’Etudiants en Soins Infirmiers (ESI écrirais-je pas la suite si le besoin en persiste), voilà ce que sont les activités habituelles d’un formateur en soins infirmiers dans une IFSI quand il n’est pas en réunion ou dans son bureau en train de préparer des supports ou des contenus ou en train de prendre un café avec ses collègues, ce qui est aussi un moment de travail bien souvent. Je m’apprête à parler sans avoir rien préparé de ce que je vais dire.
Le public auquel je vais m’adresser n’est pas très précis. Il s’agit de soignants je crois mais je n’en suis pas si sûr que ça, il s’agit de personnes qui ont à voir avec l’hôpital et avec l’IFSI. Peut-être cela n’a-t-il pas au fond d’importance. Je m’apprête à rejoindre ce groupe dont en fait je ne connais pas la composition avec une proposition vague d’y prendre la parole pour y dire je ne sais quoi encore. Je me trouve en fait un peu dans la situation de celui qui ouvre un cahier devant une page blanche en se disant : » je vais écrire ! » mais qui n’a pas encore le premier mot de ce qu’il va écrire. Cela n’est pas mon cas ce matin puisqu’aussi bien je me suis réveillé avec de quoi coucher sur le papier, même s’il est virtuel.
Je m’apprête à pénétrer dans un hémicycle et certains événements mineurs se produisent qui marquent bien un je ne sais quoi d’une hésitation ou d’un problème, à savoir que j’oublie des choses. Je dois réunir des choses que j’ai laissé je ne sais où alors je perd du temps à les chercher. Serait-ce des notes sur ce que je vais dire, aurais-je tout de même préparé des supports ? Me vient, alors qu’haletant je vais d’un lieu à un autre, l’idée que je pourrais amorcer les choses sur le fait de n’avoir rien à dire, qu’est-ce que cela veut dire quand quelqu’un dit qu’il n’a rien à dire ? On pourrait gloser des heures sans doute sur ce rien là et , respectant une mode lacanienne de l’analyse, enfin croit-on, sur le dire de ce rien. J’ai enfin récupéré ce que j’avais oublié, quoique ce soit qui me paraît avoir cette fonction bien connue chez les cadres de santé du dossier bien serré sous le coude, d’une contenance nécessaire à trouver pour contrer le stress de n’avoir précisément pas grand chose à dire dans la réunion vers laquelle ce cadre très affairé se dirige.
Mais voilà que presque arrivé dans cet hémicycle dans lequel m’attend un auditoire probablement préparé à ce que j’ai justement quelque chose à dire et pas que du gnangnan, je m’apperçois que j’ai oublié ma chemise qui à ici des allures de tee shirt puisque, c’est une caractéristique du rêve il a été question de mon tee shirt hier soir, en compagnie des amis avec lesquels nous fêtions le bac de mon fils aîné. Tee shirt dont, soit dit en passant, mais allez savoir, le col avait été déformé par le passage de ma grosse tête qui ne fût pas très délicat sans doute. J’étais donc torse nu, ce qui ne se fait pas dans un moment tel que celui-là. Et me voilà reparti dans l’autre sens à la recherche du vêtement qui me faisait défaut. C’est à ce moment là que je me suis réveillé comme si, au fond, ce qui était important venait d’être rêvé et que la confrontation avec le public qui aurait du s’en suivre n’avait pas tant que cela d’importance.
En vérité, me suis-je dit en émergeant de mon rêve avec déjà l’idée qu’il fallait que je l’écrive ce qui le marque déjà du saut d’une certaine importance, ne voulais-je pas proposer à ce public une sorte d’espace de parole ? Parler et surtout communiquer à partir de rien. Etre là, ensemble et échanger des paroles. J’avais plus ou moins préparé un point de départ avec cette idée de creuser la question de n’avoir rien à dire, ce qui est assez paradoxal tout de même puisqu’après tout les personnes présentes n’ont précisément rien à dire au moment où je pénètre dans le salle et tout à entendre de ma bouche. Ces personnes viennent m’entendre et voilà que je leur dit tout de go que je n’ai rien à dire et que nous allons en parler.
Il n’est sans doute pas anodin que ce rêve je le fasse en ce moment notamment, pour ce que je peux dire ici sans vous dévoiler trop de mon intimité, parce que nous préparons avec mes collègues la rentrée des ESI et qu’à ceux-ci nous allons proposer une pédagogie basée sur le socio-constructivisme pour lequel il existe un parti pris selon lequel l’apprenant à précisément des choses à dire avant qu’il ne lui soit dit quelque chose. Ce parti pris considère l’apprentissage comme il est dit dans les définitions que l’on peut trouver sur le net de l’apprentissage qu’il s’agit de la remise en travail des représentations que l’apprenant a des choses qu’il doit apprendre. Il y a donc forcément à un moment donné un temps durant lequel le formateur n’apprend pas à l’ESI autre chose qu’à, si l’on veut bien considérer que c’est aussi apprendre, s’écouter ou se lire dans ce qu’il propose de ce qu’il sait d’une chose qu’il ne pensait pas connaître à priori.
Il n’est sans doute pas anodin que nous devions aujourd’hui accueillir Mme Roberton pour la seconde partie d’une formation qu’elle nous propose à ce nouveau programme dont je vous entretiens depuis déjà quelques temps. C’est elle qui est alors la formatrice et moi l’apprenant, enfin, disons qu’elle est dans une situation de formatrice et nous d’apprenant, ce qui, on le sent bien, n’est pas si évident que cela qu’il puisse être pratiqué cette dichotomie dans cette rencontre avec cette personne. Cependant, que l’on veuille bien considérer ce que je dis maintenant qui exprime une certaine confusion dans les rôles et les positions. Je suis un formateur qui n’a rien à dire sinon qu’à proposer qu’il soit dit quelque chose là dessus par d’autres. Autrement dit je suis dans le rêve un formateur qui n’est pas enseignant mais qui souhaite que l’apprentissage se fasse quand même de quelque chose dont il n’amène rien.
Il n’est pas anodin enfin, et je crois que je n’irais pas au delà sans courir le risque de vous placer au lieu où doit se trouver mon analyste, que ce rêve se produise dans un contexte global dans lequel le vivre ensemble en à pris un sacré coup dans l’aile. Je me demande si ce formateur de mon rêve n’est pas en fait une sorte d’homme politique. J’y ai pensé dès mon réveil en cherchant instinctivement à comprendre ce que j’étais dans mon rêve. J’étais un être, qui a hésité à se présenter à moitié nu d’ailleurs, qui avait envie qu’il naisse quelque chose de ce rien, de ce néant idéologique dans lequel nous vivons et dans lequel nous nous tracassons depuis quelques années à la recherche d’une issue. Un agitateur en fait, puisqu’aussi bien c’est commettre un acte très provocateur qu’il est difficile d’assumer d’ailleurs que de se présenter dans un hémicycle en disant, contrairement à Mr Onfray qui a malheureusement toujours beaucoup à dire et à écrire: « Bon, les gars, moi je n’ai rien à dire, et si on en parlait ? »

