Un travail de recherche sans problématique serait l’équivalent du dessin du bonhomme sans qu’il y soit représenté le torse. Il s’agit en effet du cœur même de la recherche, ce par quoi elle vit et palpite, ce par quoi elle transite et se digère lentement et par quoi finalement elle est produite.
Pour tenter, modestement et comptant sur vos commentaires pour affiner la chose (hum ! pas beaucoup de retours sur ce blog), d’expliquer ce que peut être une problématique la voie la plus sure semble être, m’inspirant ici du Quivy, de prendre un exemple concret autour duquel articuler mon propos.
L’actualité nous en propose un bien comme il faut, choisi aussi pour que les étudiants en soins infirmiers s’y reconnaissent mais qu’en même temps ils ne soient pas gênés si par aventure j’avais choisi un thème qu’ils auraient souhaité traiter pour leur Travail de Fin d’Étude. Le comportement de rejet des soignants vis à vis de la vaccination contre la grippe H1N1 ne laisse pas indifférent, en particulier pour ce qui nous concerne celui des infirmières.
Il n’est pas besoin ici de démontrer que cette situation problème est interpellante et répétitive suivant le modèle établie de la situation interpellante que l’on trouve en amont de la problématique. En effet ce rejet est massif, il ne suffit que de considérer les appels du pieds, tant que ce n’est que du pied, de nos gouvernants, nos directeurs et nos établissements pour s’en convaincre. La situation est inquiétante, perturbante et à bien des égards insatisfaisante.
Pour toutes ces raisons et d’autres que nous allons voir, nous assistons à un phénomène d’une grande ampleur. Ce mot est important dans la recherche en science sociale, et notre situation relève de ce type de recherche comme c’est souvent le cas pour les Travaux de Fin d’Étude pour le DEI. Cherchons une définition intéressante du mot phénomène en utilisant l’étonnant outil que voici (portail du CNRTL) et que vous pouvez atteindre grâce à votre navigateur libre préféré (firefox bien sur). Dans la zone Lexicographie tapons notre mot. Les deux premières définitions sont intéressantes pour nous mais je retiens surtout la seconde : « Ce que l’on observe ou constate par l’expérience et qui est susceptible de se répéter ou d’être reproduit et d’acquérir une valeur objective, universelle ».
Comme on le voit le choix du phénomène étudié est capital et nous retrouvons dans cette définition les indicateurs de ce qu’est une situation interpellante valable.
La problématique est inséparable d’un processus de problématisation dont on peut dire d’ores et déjà qu’il va dans un premier temps s’appliquer à discerner ce qui se rapporte directement au phénomène en termes d’idées préconçues, d’opinions non fondées, de discussions de comptoirs comme on dit, bref, « qu’en est-il de ce que je pense à priori de cette question ? », doit se demander le chercheur conscient de ce qu’il entreprend.
En la matière cela ne manque pas : c’est parce que l’excipient n’est pas fiable, ça vient de Chine donc c’est forcément altéré, voire toxique, c’est une manipulation du gouvernement qui veut écouler ces stocks de vaccins qui nous ruinent, on veut nous foutre la pétoche pour mieux nous faire avaler la régression due à la crise, etc…
Il ne s’agit pas de se faire du mal en refoulant tout cela, en le niant ou en le méprisant, il est normal que nous participions à ce mouvement d’opinion. Mais la posture du chercheur le conviera à ne pas s’en tenir là ! Ces points de vus, pas forcément erronés, ne sont pas fondés sur un travail de la raison mais participent d’un émoi collectif duquel le chercheur doit volontaire se dissocier.
Le travail de la problématique lui permet cette mise à distance non pas du phénomène mais de ce que j’ai appelé un émoi collectif.
Il y a plusieurs méthodes pour réaliser cette distanciation productrice de sens. Je ne vais vous en proposer qu’une seule, qui nous semble (aux formateurs des IFSI publiques de la Haute-Garonne au moins) la plus efficace. Elle met en jeu ce que l’on appelle la multiréférentialité (concept d’analyse développé par Jacques Ardoino). Il s’agit en somme, pour le dire vite, d’ouvrir un questionnement dans plusieurs champs. Dans nos explications préconçues du phénomène nous en avons déjà quatre qui se présentent à nous mais qui sont traités vulgairement, si vous me permettez ce qui frise le jugement de valeur. Le premier est scientifique, biochimique, c’est la question de l’excipient, le second est économique, le gouvernement à dépensé l’argent du contribuable et veut maintenant donner un sens à ce gaspillage, le troisième est sociologique, la peur permet de manipuler les foules. Je passe sur les allusions racistes et xénophobe concernant la Chine et les chinois. Il s’agit d’autant de points de vue, d’angles d’attaque possibles et il convient d’en ouvrir autant qu’il est possible en utilisant l’exploration, c’est à dire en lisant ce qui est écrit à propos de ce phénomène dans la presse, des ouvrages, des revues, etc… (ce que je n’ai pas fait pour ce billet je le précise pour être honnête) et en recueillant les propos de personnes avisées. Ainsi le chercheur se fera-t-il une représentation riche du phénomène et intensifiera-t-il son questionnement en suivant les linéaments de chaque point de vue découvert.
Il ne lui restera donc plus qu’à faire son choix parmi les voies qui s’offrent à lui. Choix qui peut se faire par affinité, pourquoi pas, parce qu’il nous semble que ce point de vue est le plus pertinent, ce que la suite pourrait infirmer d’ailleurs, mais la recherche est aussi la source de la surprise et de la découverte. Ce peut être aussi parce que je me sens capable d’aborder le phénomène sous cet angle. La recherche est un exercice d’humilité.
Ce choix sera aussi fait en fonction de ce que l ‘exploration aura permis de découvrir comme notions ou concepts valides et pertinents dans le domaine étudié. Ces concepts vont nous permettre alors de poser une question initiale de recherche qui les contient et qui constituera le sous-bassement sur lequel sera bâti le pôle théorique de la recherche.
En l’occurrence et pour cette thématique nous découvririons que les apriori courants ne prennent pas en compte les questions éthiques que l’on peut sans doute retrouver (je n’ai pas fait ce travail je le répète !) dans une exploration plus poussée. Il ne s’agit pas de dire que l’infirmière, parce qu’elle est infirmière, ce qui ne peut pas constituer un élément déterminant, devrait accepter la vaccination, montrant ainsi le bon exemple à l’ensemble de la population, mais que cette question d’éthique est un pôle important du questionnement du chercheur par rapport à un phénomène qu’il choisirait d’étudier sous cet angle là. Peut-être se demanderait-il alors ce qui fait des soignants, des infirmières en particulier, dans cette affaire entremêlée de politique et d’économique, les représentants d’une opinion publique sceptique et responsable du point de vue de la santé publique. L’angle serait ainsi plutôt sociologique. Il semble qu’à première vue les soignants soient les mieux informés et les plus aptes à décider que ce vaccin est fiable ou non, utile ou non, leur point de vue sur cette question est donc capital et a une influence considérable sur l’opinion du public. C’est en quoi ce problème ne peut être traité dans un TFE entre parenthèse, puisqu’il ne s’agit pas d’une activité de soin de l’infirmière.
La problématique est donc un questionnement qui guide le chercheur dans ses choix théoriques. Ce questionnement contient les concepts à étudier. Ici les soignants occupent une place de directeur de conscience de la société par rapport à un comportement commandé par l’état français, leur influence sur les décisions de la population est-elle légitime ? Ils se positionnent comme des objecteurs de conscience et leur attitude enjoignent aux gouvernants de faire une lumière claire et franche sur la vaccination contre la grippe H1N1.
Voilà, j’espère avoir contribué à éclaircir ce que peut être la problématique dans un travail de recherche.
Une nouvelle façon d’aller vers des lecteurs, je m’y essaye.
Vous pouvez retrouver dores et déjà une partie de mes poèmes regroupés sous l’intitulé « Voyage dans les andains » à la page suivante:
Ma page sur InLibroVeritas
Il est possible de lire en ligne, comme sur un blog, de laisser des commentaires, de télécharger pour une somme très modique au format papier .pdf et bien d’autres choses.
Je vous invite à découvrir ce nouveau mode d’édition libre qui correspond à mon sens à ce qui devrait se développer dans l’avenir pour le meilleur de la culture.a
Colère, pleurs, angoisse, stress et panique, désaroi et amertume ; dépression, illusion, déprime, jeu de cache-cache, haine et amour. C’est le moins que je puisse dire, la série « In treatment », traduite à tort « En analyse », nous donne à percevoir, ressentir, comprendre, les affres insondables de l’âme humaine. J’ai du tricher un peu pour la voir mais je ne le regrette pas tant elle est passionnante. lire la suite…
Mise à jour générale de mes pages cinéma. J’ai rajouté deux nouvelles pages : une consacré aux films sur l’autisme et les autres troubles du développement et une autre consacrée aux films mettant en scène la pathologie d’Alzheimer et autres problèmes psychiques du grand âge.
J’ai ajouté des films dans ces 2 nouvelles pages mais aussi dans les autres comme « The Hours », que j’ai regardé de nouveau avec toujours la même fascination pour le personnage de Virginia Woolf.
Je recherche les références d’un film qui retrace la biographie d’une écrivain Australienne ou Néo Zélandaise perturbée par la maladie mentale. Pouvez-vous m’aider ? Je l’ai vu à la cinémathèque de Toulouse lors d’une manifestation qui lui était consacré.
J’ai trouvé, après quelques recherches, il s’agit de Janet Frame et d’un film de Jane Campion : Un Ange à ma table. Je l’ajoute.
Les étudiants en soins infirmiers sont bien embarrassés quand les formateurs, malapris malpolis, leur demande de pondre une, voire plusieurs situations « interpellantes » en mode inaugural de la longue torture nécessaire qui les conduit à produire leur Travail de Fin d’Etude.
Je relève d’abord que ce mot n’est pas dans le dictionnaire et que même dans le lexicographe du CNRTL, il ne lui est pas accolé de définition. Ce portail nous ouvre par ailleurs, parce que nous ne sommes pas abandonnés de tout dans l’épreuve et qu’un Dieu attentionné pourvoit dans les situations de crise (Hum !), une page concernant le verbe « interpeller » dans laquelle nous apprenons des choses instructives. lire la suite…
A l’heure ou nous nous préparons à recevoir la déferlante agitée et inquiète dans nos murs déjà trop petits voilà que je m’interroge sur ce que pourrait bien être une philosophie de la formation en soins infirmiers. Sans doute peut-on voir dans cette interrogation légèrement anachronique une façon peu orthodoxe que j’aurais trouvé pour garder mon calme et contrer les effets délétères d’un stress dont le flot montant va de pair avec celui des tâches qui s’accumulent et finissent par former un front broussailleux que la serpette et la machette de notre compétence à bien du mal à éclaircir suffisamment. Jolie phrase non ? lire la suite…
Intéressé depuis quelques temps par la philosophie du soin en temps que champ spécifique de la philo tel que l’a inauguré Canguilhem, je fouille, je fouine, j’interpelle et je lis.
Parmi mes trouvailles il en est une que je vous propose aujourd’hui parce qu’elle me paraît particulièrement une source de prospérité pour notre penser de panser.
Il s’agit d’un colloque qui a eu lieu au mois de Juin, c’est donc une info très récente, à l’Ecole Normale Supérieure de Paris. Ce colloque s’est déroulé sur deux jours et demi et a donné lieu à bon nombre d’interventions de qualité sur le thème qui nous intéresse aujourd’hui.
Je ne les ai pas encore toutes écoutées, ma connexion chez free me faisant des misères de plus en plus mais le peu que j’en ai reçu fait déjà naître l’espoir que les rapports soignants-soignés évolueront vers plus d’humanité dans les années qui viennent.
Bonne audition.
Colloque La philosophie du soin – Éthique, médecine et société
Bien sur qu’il y a de quoi inquiéter formateurs et formés, cadres d’ici et de là-bas. Cadres de santé sur le terrain écrasés sous le poids des mille feuilles plus la crème dont ils sont chargés par une hiérarchie peu regardante de leurs misères, cadres de santé formateurs quasi soudainement tsunamisés par la déferlante d’un nouveau programme aussi touffu que le yéti lui-même.
Je ne dirais pas autre chose, oui, ça fout les fois. lire la suite…
A vous, et pour vous, étudiants en soins infirmiers et autres producteurs de thèses, mémoires et rapports de stage, au prise avec les titres, les sous-titres et autres notes de bas de page quand ce ne sont pas les numéros de page et la pagination qui vous torturent, ce cadeau que vous saurez apprécier. En attendant que je me fende d’un tutoriel, ou mieux d’un modèle exprès pour l’édition d’un TFE, dès que j’aurais un peu plus de temps devant moi. En bas de page des liens vers des ressources sur internet. Cependant je déconseille fortement à ceux auxquels il ne reste plus trop de temps pour pondre leur œuvre de passer leur chemin, l’appropriation du logiciel nécessitant tout de même un temps d’apprentissage. lire la suite…


